L'Effleur du Vide

Réflexions

Jusqu'à quel point peut-on se manipuler soit-même, retourner sur elle-même son âme dans tous les sens comme un vêtement informe, lui faire subir tous les déplacements et anti-déplacements possibles et imaginables? Probablement jusqu'à tourner en rond indéfiniment. Ou bien, et c'est ce qui peut alors arriver de mieux, jusqu'à se rendre compte que toutes ces divagations à base de sophismes dépressifs et nihilistes ne servent qu'à détourner les yeux des vrais problèmes, ceux tellement gros et évidents qu'au final on ne sait pas trop par où les prendre dès qu'on y réfléchit trop. Comme quand on commence à trop faire attention à la manière dont on tient sa fourchette et qu'on arriver plus à manger au final.

Je me sens fatigué, et je trouve ça terrible de me dire ça à mon âge (qui est plutôt peu avancé je trouve). Je commence à prendre un peu trop d'anti-douleurs à mon goût contre mes migraines, et l'idée de me faire un grog pour arriver à m'endormir dans un laps de temps qui ne se compte pas en heures ne me plaît pas non plus, tout comme le fait que ladite idée se fasse insistante.

J'ai pas mal discuté de tout ça avec C et J. Poser des mots sur mes problèmes m'aide, mais ça ne les résout pas miraculeusement.

Enfin bref, je n'ai pas envie d'écrire encore un gros pâté que j'aurais envie de supprimer d'ici quelques jours, alors je vais m'arrêter là. Ecrire quelque chose dans le simple but de s'arrêter de l'écrire est peut-être une bonne chose en fait. Alors voilà. Stop.

 

 

 
Magritte - La reproduction interdite

 

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Coquelicot

Lors de ces vacances de Noël (qui décidément ressemblent à tout sauf à des vacances vu l'état d'épuisement aussi bien financier que gastro-intestinal dans lequel elles nous laissent), j'ai retrouvé deux livres très importants pour moi, car ils font partie de mes premiers. Et dans un sens, leur contenu expliquent beaucoup de choses sur comment je suis, mon rapport avec les mots et de ce fait au monde qui m'entoure. Je dis ça car je pense que dans le monde bourré de symboles dans lequel nous vivons, le rapport que l'on peux avoir avec ces symboles est très important. J'ai ainsi eu droit à une anecdote me concernant mais dont je n'ai aucun souvenir, ce qui est normal vu que je n'avais même pas deux ans à l'époque.

En ce temps là, la bipédie était encore un acquis récent et incertain, tout comme le contrôle d'une bonne partie de la moitié inférieure de mon corps. Mais cela ne m'empêchais pas d'accourir me placer pieusement devant Sa Sainteté Lévision afin de regarder cette messe orthographique qu'est "Les Chiffres et les Lettres", dont le générique est aujourd'hui très 1337. J'y ai donc appris très jeune les lettres une par une jusqu'à ce que la litanie des "Voyelle, Consonne, Voyelle, Consonne, Consonne, Voyelle..." déclenche chez moi des réflexes pavloviens. Enfin, peut-être pas, mais je voyais des lettres partout. Tous les ronds devennaient des O, les bandes de délimitation des parkings des T...

Bref, voilà posé les bases de l'individu que j'étais à 2 ans. C'est là qu'entrent en scène les deux livres que j'ai récupéré. Le premier est un abécédaire, "L'alphabet fou" d'Agnès Rosenstiehl. Deux pages pour chaque lettre. La première est une phrase qui met à l'honneur la lettre comme "Coco a son cacao si le coq a son coca" pour le C, "Quiconque a coque à quai coque a" pour le Q ou "A l'île au lilas le loup lit la loi" pour le L, et la seconde met en scène des enfants qui disent des phrases du même genre, comme "Angèle et Gilles en gilet gèlent" ou "Le volubile et vil ibis a volé six volubilis". Bref, je crois qu'on peut dire que c'était pour moi le début de la fin ^^'

Le second livre est "Chantefables et Chantefleurs", un recueil de poèmes de Robert Desnos, un poète surréaliste ami d'Eluard et d'Aragon. Un beau livre plein de courts poèmes sur les fleurs et les animaux dont un que j'aimais beaucoup et qui reste un de mes rares souvenir d'enfance qui parle d'une fourmi de dix-huit mètres. Et en le lisant ce soir, je suis tombé sur poème que j'ai voulu réécrire ici pour mon coquelicot de nuit et qui s'intitule donc "Le Coquelicot":

Le champ de blé met sa cocarde         
Coquelicot.         
Voici l'été, le temps me tarde         
De voir l'arc-en-ciel refleurir.         
L'orage fuit, il va mourir,         
Nous irons te cueillir bientôt,         
Coquelicot.         

 

Voilà... Et au passage, bonne année 2010. Elle sera sur ce blog plus frutueuse que la précédente ^^ (mouais, pas difficile en même temps)

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Cloche VS Muezzin! FIGHT!

On parle pas mal de ça en ce moment, les minarets. C'est un édifice que personnellement je trouve très beau et qui tant qu'à faire, m'inspire plus de profondeur qu'un clocher, un muezzin étant mine de rien plus humain qu'un cloche. Mais je pense que le problème n'est pas là.

Personnellement, j'ai un problème avec la religion, plus particulièrement avec les dogmes. Je suis profondément agnostique, tellement que ma propension à éviter toute forme de dogme tient presque d'un dogme lui-même (ce qui ferait donc de moi un agnostique pratiquant). Je considère que la foi est un acte personnel, n'a pas d'autre but qu'elle-même et ne doit surtout pas dépasser les frontières de ma personne. Présenter sa foi et découvrir celle des autres est de l'ouverture, vouloir la faire partager est de l'ingérence, du sectarisme. Parce qu'au final, une religion est juste qui secte qui a l'accord de la population. Alors pour moi, le simple fait de se retrouver à heure fixe pour aller prier n'est pas un acte de foi. Réciter tel verset n'est pas un acte de foi. Faire son catéchisme n'est pas un acte de foi. Ce sont des actes sociaux, des actes spirituels, des actes de bonne conscience, des actes qui au final sont de natures très variées et une bonne moitié du temps plutôt positifs, mais qui ne relèvent pas de la foi. Parce que la foi pure n'a pas besoin d'artifices. Je ne dis pas que les croyants sont forcément malhonnêtes, je suis certain que beaucoup font innocemment cet amalgame entre dogme et foi, et au final entre religion et foi.

Peut-être est-ce moi qui ne vois pas le rapport, mais pour moi, il n'y a pas de justification dans le lien entre foi et dogme. Et ça me dérange beaucoup. Parce que du coup, la religion devient une sorte de manipulation, un peu comme une machine inhumaine qui se nourrirait de ce sentiment, un autre moyen, encore un, pour certaines personnes de contrôler les foules. Je veux croire que le monde n'est pas si pourri, que dans les 10000 ans d'histoire des religions que nous avons, il y a pu avoir des religions, des leaders religieux, débarassés de toute notion de pouvoir. Et j'aimerais d'autant plus croire que c'est le cas à notre époque. Parce que ça voudrait dire que des millions de gens ne se font pas entuber. Mais je suis assez pessimiste sur ce coup.

J'ai l'impression que la religion est bouffée par l'hypocrisie. L'hypocrisie des chefs religieux, qui oublient ce qui les arrange, et qui lancent chacun leur propre interprétation de leur religion, l'imposant du même coup à leurs ouailles. L'hypocrisie des ces mêmes ouailles justement, pour qui la religion est une habitude, une source de bonne conscience pour leurs atrocités, se croyant inclus dans un courant dont ils ignorent presque tout. Cette ignorance de ce que l'on adore est terrible. Quand l'on croit, quand l'on veut croire, un engagement aussi fort ne peut pas se faire envers quelque chose que l'on ignore à ce point. Et savoir réciter son livre sacré est plus qu'insuffisant.

Et dans cette histoire d'actualité, dont le débât s'exporte aujourd'hui en France, il y a l'hypocrisie d'un état, d'une nation. La France qui se réclame comme laïque, n'est pas foutue de s'appliquer cette qualité quand elle doit définir son identité. Certes, les clochers de France sont historiques, mais il a bien fallu qu'ils soient contemporains d'une époque, et pas forcément d'une époque où le christianisme était majoritaire. Aujourd'hui, les guerres de religions ne sont plus portées par les masses mais par des extrémistes. On ne s'inquiète pas du pullulement des clochers alors que des fanatiques chrétiens sévissent dans le monde entier.

Le christianisme bien entendu fait parti de l'histoire de la France, et également partie de son identité. Mais c'est également le cas de la laïcité. Donc de l'indépendance et de l'équité de l'état, et donc de la nation, envers les cultes. De ce fait, par extension, une personne, même croyante, qui respecte la religion d'autrui correspond à l'identité nationale française, et une personne qui ne le fait pas aura donc ainsi du mal à se considérer comme un français actuel.

Alors au final, clocher ou minaret, faites les deux ou rasez tout, parce que ça se vaut. Et puis le muezzin, lui, ne fait pas chier toute les demi-heures NUIT et jour.

 

Edit du lendemain: Après une longue discussion avec ma moitié sur le sujet, je m'aperçois que mon article peut préter à confusion: L'incompéhension que je ressens envers les dogmes m'est personnelle, et ce n'est pas pour autant que je peux mépriser les gens qui les suive en leur âme et conscience, je trouve d'ailleurs qu'un pratiquant honnête et réfléchi est quelqu'un d'une grande sincérité et intégrité et un représentant honorable de sa religion. Au final, mon problème se rapporte aux grandes structures (le Vatican vient en tête dans mon esprit occidental), qui se préoccupent plus d'avoir des gens qui croient que des gens qui ont la foi. Pour moi, la religion à la base est une aide, un soutien, et ce soutien est possible grâce au développement personnel de la foi. Imposer sa foi aux autres, ce n'est pas développer la leur. Voilà où est le problème pour moi. Et je considère que toute la machinerie dogmatique ne sert maintenant plus qu'à cette coercition. Et considérant les religions avec un réel respect, je trouve que c'est un gâchis monumental.

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Faire feu de tout bois

Faire feu de tout bois.

De "La Nausée" de Sartre.
De cette feuille que je plie en 16 minutieusement.
De ces morceaux dont je sais qu'ils me touchent.
De ce que j'ai pu écrire depuis que je me suis mis à écrire.
De mon esprit que je laisse dériver.

Au final, est-ce qu'il ne restera que des cendres, ou bien tout ce combustile enflammera-t-il enfin la mèche de cette bougie qu'est mon inspiration? Depuis combien de temps est-ce que je n'ai rien écrit de potable?

Après un long temps de vache maigre, je me remets timidement, et je l'espère sûrement, à la photo, mais bordel, rien niveau écriture. Il n'y a pas beaucoup de domaines dans lesquels je m'estime un tant soit peu doué, et me retrouver comme handicapé face à eux m'angoisse. Dans un sens c'est normal, ce n'étaient pas des acquis, ça se travaille. Le langage est un outil, et demande donc de la dextérité. Ca ne sert à rien d'avoir en tête les plus beaux mots, les phrases les plus déchirantes, d'avoir sous les doigts de quoi sublimer n'importe quelle action anodine, si tout ce que l'on sait faire, c'est un puzzle de lettres sur une page blanche. Et voilà ce que j'ai le sentiment de faire quand j'écris en ce moment. Un puzzle. Et quand je prends mon texte pour le lever devant mes yeux et jeter un regard critique sur ce que j'ai produit, il n'y a aucune cohérence. Les pièces tombent de la feuille, tout s'effrite entre mes yeux et il ne reste que quelques idées recyclables dont j'ignore encore si je pourrais sauver l'impulsion que je leur ai insufflée. 

Encore une histoire de liant. Je crois qu'au final, ce qu'il me manque, c'est du feedback. Ne pas réellement parler avec les gens est ce qu'il me manque en définitive. Je n'apprends rien, ne découvre rien. Je n'arrive plus à créer de personnages qui ont des comportements que je ne pourrais pas avoir. Si c'est pas un symptôme ça...

Il y a quelque chose que je veux réellement faire. Et je sais que je peux me raccrocher à cela parce que malgré tous les changements que j'ai pu subir depuis ces dernières années, ce désir est resté inchangé en moi. Je veux écrire un bouquin. Quelque chose qu'un jour je pourrai poser sur une table, devant moi, qui aura son propre propre poids que je lui aurais amené gramme par gramme, caractère par caractère. Ca sera là, je le ferai tomber de mes doigts de quelques centimètres pour entendre ce bruit sourd de chute. Et surtout, j'en serai fier. Ca sera quelque chose que je ne regretterai jamais d'avoir réalisé, ne serait-ce qu'une infime partie.

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Going nowhere

Alors que ma mie (arf, je m'en lasse pas ^^) écoute l'album Viva la Vida de Coldplay en travaillant, cela me ramène à quelques mois en arrière où je déprimais au fond de mon lit en écoutant ce même album presque en boucle. Et par une association d'idée loin d'être incongrue, je passe dans ma tête de dépression à nihilisme. Car en ce qui me concerne, toucher à la dépression (car je n'ai jamais connu cet état, l'approcher d'assez près m'a suffit) ne tient pas du pessimisme mais du nihilisme. Le désespoir n'est pas le contraire d'espoir, mais son absence. Dit comme ça, l'espoir serait une espèce de principe inné qu'on a plus ou moins, comme la lumière. Enfin bref, ce sujet est inintéressant au possible, parlons de moi plutôt, c'est bien mieux. (ndlr: ça va les chevilles?)

Oui parce qu'il n'y a pas si longtemps, je disais à ma douce moitié que malgré mon envie de m'en sortir, d'être un être actif, capable de gérer sa propre vie, j'avais envie, voire même besoin d'avoir des phases nihilistes. Peut-être est-ce le besoin du réconfort de la victimisation ne serait-ce qu'envers moi-même comme l'a avec perspicacité suggéré G (oui L, je te pique ton idée de désigner les gens par leurs initiales, même que je trouve ça trop classe et pratique d'abord), et en effet j'y trouve un certain réconfort, mais plutôt dans une sorte de mimétisme. En tout cas c'est comme ça que je le vois.

Par mimétisme, je pense au fait de faire correspondre le monde qui nous entoure avec son état d'esprit à un instant donné. Je pense tout simplement au fait de se tourner naturellement vers des choses agréables quand on est de bonne humeur et vers de l'emo quand on est un ado dépressif et trop rebelle.

Et c'est rassurant, quand on a ce vide croissant et assourdissant qui enfle dans sa tête, qui bouffe toute énergie, qui laisse juste une traînée d'angoisse qui elle aussi finit par disparaître dans un éclat psychotique, de se dire qu'au final, rien n'existe. Tous les gens que l'on croise dans la rue ne sont au mieux que des sacs de chairs, d'os et d'humeurs rongés par les cancers et les névroses, et au pire de simples simulacres pour peupler ce théâtre sans public qu'est sa propre vie. Le passé aussi n'est plus rien, un simple délire né en une fraction d'instant qui ne sert qu'à combler cet énorme vide laissé par la question sans réponse qu'est le pourquoi de notre existence. Inutile de parler du futur, il n'y a plus maintenant que ce présent interminable, cette conscience instantanée qu'il n'y a rien à faire et qu'il en sera ainsi pour l'éternité. Quant aux sentiments même les plus forts, ils sont rabaissés au statut d'arc-réflexes induits par le principe de causalité.

Voilà, joyeux hein? Et pourtant, ça fait un bien fou. Parce que se dire à cet instant que le monde entier, le reste de l'univers fonctionne exactement comme ce que l'on a dans la tête fait qu'au final, dans cet état, je peux retrouver comme un semblant de bien être, comme quand je suis assis sur un banc à l'ombre d'un arbre, dans un décor silencieux, où le poids de mon corps ne me dérange pas, où je peux observer le ciel, sentir mon regard s'étendre autour de moi, respirer profondément l'air frais et me dire:

Ah... là, je suis là où je dois être à cet instant.

Vide, Tout et Un, tout revient au même au final...

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