On parle pas mal de ça en ce moment, les minarets. C'est un édifice que personnellement je trouve très beau et qui tant qu'à faire, m'inspire plus de profondeur qu'un clocher, un muezzin étant mine de rien plus humain qu'un cloche. Mais je pense que le problème n'est pas là.
Personnellement, j'ai un problème avec la religion, plus particulièrement avec les dogmes. Je suis profondément agnostique, tellement que ma propension à éviter toute forme de dogme tient presque d'un dogme lui-même (ce qui ferait donc de moi un agnostique pratiquant). Je considère que la foi est un acte personnel, n'a pas d'autre but qu'elle-même et ne doit surtout pas dépasser les frontières de ma personne. Présenter sa foi et découvrir celle des autres est de l'ouverture, vouloir la faire partager est de l'ingérence, du sectarisme. Parce qu'au final, une religion est juste qui secte qui a l'accord de la population. Alors pour moi, le simple fait de se retrouver à heure fixe pour aller prier n'est pas un acte de foi. Réciter tel verset n'est pas un acte de foi. Faire son catéchisme n'est pas un acte de foi. Ce sont des actes sociaux, des actes spirituels, des actes de bonne conscience, des actes qui au final sont de natures très variées et une bonne moitié du temps plutôt positifs, mais qui ne relèvent pas de la foi. Parce que la foi pure n'a pas besoin d'artifices. Je ne dis pas que les croyants sont forcément malhonnêtes, je suis certain que beaucoup font innocemment cet amalgame entre dogme et foi, et au final entre religion et foi.
Peut-être est-ce moi qui ne vois pas le rapport, mais pour moi, il n'y a pas de justification dans le lien entre foi et dogme. Et ça me dérange beaucoup. Parce que du coup, la religion devient une sorte de manipulation, un peu comme une machine inhumaine qui se nourrirait de ce sentiment, un autre moyen, encore un, pour certaines personnes de contrôler les foules. Je veux croire que le monde n'est pas si pourri, que dans les 10000 ans d'histoire des religions que nous avons, il y a pu avoir des religions, des leaders religieux, débarassés de toute notion de pouvoir. Et j'aimerais d'autant plus croire que c'est le cas à notre époque. Parce que ça voudrait dire que des millions de gens ne se font pas entuber. Mais je suis assez pessimiste sur ce coup.
J'ai l'impression que la religion est bouffée par l'hypocrisie. L'hypocrisie des chefs religieux, qui oublient ce qui les arrange, et qui lancent chacun leur propre interprétation de leur religion, l'imposant du même coup à leurs ouailles. L'hypocrisie des ces mêmes ouailles justement, pour qui la religion est une habitude, une source de bonne conscience pour leurs atrocités, se croyant inclus dans un courant dont ils ignorent presque tout. Cette ignorance de ce que l'on adore est terrible. Quand l'on croit, quand l'on veut croire, un engagement aussi fort ne peut pas se faire envers quelque chose que l'on ignore à ce point. Et savoir réciter son livre sacré est plus qu'insuffisant.
Et dans cette histoire d'actualité, dont le débât s'exporte aujourd'hui en France, il y a l'hypocrisie d'un état, d'une nation. La France qui se réclame comme laïque, n'est pas foutue de s'appliquer cette qualité quand elle doit définir son identité. Certes, les clochers de France sont historiques, mais il a bien fallu qu'ils soient contemporains d'une époque, et pas forcément d'une époque où le christianisme était majoritaire. Aujourd'hui, les guerres de religions ne sont plus portées par les masses mais par des extrémistes. On ne s'inquiète pas du pullulement des clochers alors que des fanatiques chrétiens sévissent dans le monde entier.
Le christianisme bien entendu fait parti de l'histoire de la France, et également partie de son identité. Mais c'est également le cas de la laïcité. Donc de l'indépendance et de l'équité de l'état, et donc de la nation, envers les cultes. De ce fait, par extension, une personne, même croyante, qui respecte la religion d'autrui correspond à l'identité nationale française, et une personne qui ne le fait pas aura donc ainsi du mal à se considérer comme un français actuel.
Alors au final, clocher ou minaret, faites les deux ou rasez tout, parce que ça se vaut. Et puis le muezzin, lui, ne fait pas chier toute les demi-heures NUIT et jour.
Edit du lendemain: Après une longue discussion avec ma moitié sur le sujet, je m'aperçois que mon article peut préter à confusion: L'incompéhension que je ressens envers les dogmes m'est personnelle, et ce n'est pas pour autant que je peux mépriser les gens qui les suive en leur âme et conscience, je trouve d'ailleurs qu'un pratiquant honnête et réfléchi est quelqu'un d'une grande sincérité et intégrité et un représentant honorable de sa religion. Au final, mon problème se rapporte aux grandes structures (le Vatican vient en tête dans mon esprit occidental), qui se préoccupent plus d'avoir des gens qui croient que des gens qui ont la foi. Pour moi, la religion à la base est une aide, un soutien, et ce soutien est possible grâce au développement personnel de la foi. Imposer sa foi aux autres, ce n'est pas développer la leur. Voilà où est le problème pour moi. Et je considère que toute la machinerie dogmatique ne sert maintenant plus qu'à cette coercition. Et considérant les religions avec un réel respect, je trouve que c'est un gâchis monumental.