... pour une fois, je ne racontais rien. C'est vrai, je débarque sur mon blog et j'ouvre la page pour écrire bien que je n'ai absolument aucune idée de ce que je vais bien pouvoir écrire. Parce qu'après tout, il y a des jours où on a rien à dire, où ce qu'il se passe dans le monde nous indiffère, ou tout bêtement est pris de façon tellement objective qu'on a pas vraiment d'avis sur la question, le fait est intégré et puis voilà.
Ca me rappelle l'émission "Mots croisés" d'hier soir, où en parlant des hommes politiques, je-sais-plus-qui disait qu'un politique, en campagne présidentielle qui plus est, se doit d'avoir un avis sur tout et n'importe quoi pour pouvoir répondre à tout le monde. Dans un sens, c'est normal, puisqu'un président est censé pouvoir coordonner les différents aspects de la vie de son état. En même temps, c'est aussi à cela que sert un gouvernement composé de ministres spécialisés: avoir des opinions plus justes, plus critiques et judicieux sur leurs domaines. Le président donnerait alors une sorte de ligne de conduite, une direction à suivre plutôt que les moyens à adopter. Parce qu'au final, n'est-il pas dangereux d'avoir un avis sur des choses pour lesquelles nous ne sommes pas compétent?
Bien sûr, cela est dangereux quand ledit avis peut mener à des décisions importantes. Que chacun ait sa petite idée sur tout et n'importe quoi importe peu au final, puisque de toute façon ça n'a d'incidence que sur notre propre vie privée.
Mais poussons le raisonnement à l'extrême, ce qui mène à quelque chose de fasciste. Etant dans une démocratie, le peuple élit ses représentants qui va donc gérer l'état à leur place. Si l'on remonte à la source donc, une idée appliquée l'est par le bon vouloir et la décision du peuple, de la somme de tous ses individus. Prenons un exemple qui fait rage actuellement, le nucléaire. De façon purement objective, quel pourcentage de la population a un avis judicieux et pertinent sur le sujet? Disons un chiffre au hasard, 11%. Je ne considère pas ici la nature de l'idée, qu'elle soit pro ou anti-nucléaire, je considère seulement le fait que cette opinion soit éclairée et issue d'un raisonnement intellectuel rationnel, construit autour de réelles connaissances techniques, sociales, économique, politique, etc... A partir de là, 89% de la population ne sont ainsi pas habilités à participer au débat, puisque leur avis ne découle que de ouï-dires, de sources secondaires dont l'objectivité n'est pas prouvée, etc...Si l'on étend cela à la gestion d'un état avec les innombrables sujets complexes que cela implique, quel pourcentage de la population est encore "apte" à prendre des décisions? Je crois qu'on tombe facilement sous les 1%.
En partant d'un principe démocratique auquel on applique une sélection de vote pourtant basée sur une idée visant à rendre les décisions les plus efficaces et justes possibles, on arrive à une oligarchie technocrate. Si encore les quelques individus au pouvoir étaient foncièrement bons et pensaient à leurs responsabilités envers leurs compatriotes, on pourrait dire que ce système pourrait fonctionner puisqu'il met chacun à la place où il est le plus efficace. Le problème, c'est que l'être humain est profondément mauvais, ce qui a mené à la ruine (et bien au-delà) des utopies comme le communisme.
Il y a aussi un autre problème que j'avais déjà vu soulevé ailleurs, à propos d'un discours de Socrate ou Platon il me semble. Celui-ci disait, dans cette même optique, que pour gérer un état, il faudrait mettre à sa tête l'individu le plus sage. Dit comme ça, ça semble intéressant, mais le problème était: qui peut déterminer qui est le plus sage? Est-ce que quelqu'un désigné comme le plus sage par ses pairs, donc moins sages que lui, est réellement le plus sage? Dans ce raisonnement, la véritable sagesse d'un individu ne peut être déterminée que par un autre plus sage que lui. mais dans ce cas, c'est à cet autre que revient le pouvoir, puisqu'il est plus sage. Mais si personne n'est plus sage que lui, qui peut le légitimer en tant que plus sage? Le seul moyen de sortir de cela est de nommer quelqu'un qui n'est pas le plus sage. Le système est donc b(i)aisé dès le départ.
Au final, il y a un équilibre à trouver entre le bien commun d'une masse non spécialisée et l'efficience d'un état. Je ne sais pas si c'est une bonne conclusion à tout cela, c'est sorti vraiment au fur et à mesure, j'avais déjà vaguement réfléchi sur ce propos, mais jamais à ce point. Comme quoi même quand on a rien à raconter, ça peut mener à quelque chose, du moment qu'on ne parle pas pour rien dire.